Quand la vie prend tout son sens…

Il y a 1050 jours je suis devenue maman pour la première fois. Ce 17 mars 2015, mon fils voit le jour et la vie prend tout son sens.

Beaucoup de choses ont changées  dans ma tête, dans ma façon de penser.

J’ai toujours eu un rapport particulier avec cette notion de vie, en opposition avec la mort. Je me disais qu’on était vivant pendant un certain temps, puis on mourrait, parce que c’était le moment. Un regard simpliste, presque enfantin.

Je ne voyais pas les choses plus profondes qu’elles ne le sont. On naît, on meurt et entre les deux, on vit.

Le chagrin, le deuil, la tristesse, pour moi c’était abstrait, je n’y pensais pas, ou je préférais ne pas y penser.

Puis j’ai eu mon fils.

C’est un peu cliché de dire que notre vie a défilée devant nos yeux. Mais franchement c’était presque ça. Pas tout d’un coup, pas juste à la naissance, mais petit à petit, en faisant grandir mon fils, ça a grandi en moi. Ce sentiment d’insécurité, cette sensation de ne pas avoir le contrôle exclusif sur le cours des choses.

Quand j’étais ado, ou même jeune adulte, je considérais ma vie et mon cercle familial comme acquis. Impossible pour moi d’imaginer ne plus avoir mes parents ou mes frères avec moi. Je préférais ne pas y penser, et de chasser ces idées, si toutefois elles tentaient de s’immiscer dans ma tête. On est bien, tout va bien.

Puis j’ai rencontré mon compagnon, qui est devenu mon mari par la suite, et j’ai rencontré mon fils.

Dès lors,la vie devint d’un coup, brutalement effrayante. Rien n’est permanent, tout peut disparaitre d’un moment à l’autre. Ça fout le vertige.

Quelques mois après la naissance de mon fils, mon mari a perdu son papa. Il avait la maladie de Charcot, une saloperie de mal qui provoque une atrophie des muscles, un dégénérescence des nerfs, une paralysie complète, de la langue aux orteils, tout en épargnant le cerveau. Pour que la personne se rende bien compte qu’elle est en train de mourir à petit feu. Il est décédé en décembre 2015. Mon fils avait 9 mois.

Pour mon mari ça a été le coup de massue qu’on se prend derrière la nuque et qui nous empêche de relever la tête. Et pour moi ça m’a brutalement ouvert les yeux. Je l’ai toujours su bien sûr ! mais là c’était réel.

Les gens ne sont pas éternels.

Déjà, en devenant maman, j’ai eu peur de perdre ma maman. Une peur irrationnelle et infondée. Mais une peur viscérale, qui parfois me réveille la nuit et m’empêche de respirer.

Je n’aime pas ça, mais c’est plus fort que moi, j’y pense sans cesse. Mon cerveau est parfois même tellement vicieux qu’il me fait imaginer des scénarios où ma maman n’est plus. Et je me vois dévastée, sans aucun repère. J’en pleure de chagrin alors que rien n’est réel.

Puis il m’arrive la même chose avec mes enfants. Dans la nuit je me réveille en sursaut et je tends l’oreille en espérant entendre une respiration. Je ne bouge pas et j’écoute. Vous me direz « lève toi et va les voir ! » mais non, je ne bouge pas. Et mon cerveau me dit qu’ils ne respirent plus, il me fait même le scénario sordide de la découverte de leurs corps sans vie. Et il pousse le vice encore plus loin. Mon fils est fan absolu des pompiers. Dès qu’il les entend au loin il se précipite à la fenêtre pour les voir passer. Alors mon cerveau me peint ce scénario où un camion de pompiers passe, sirène hurlante, et mon fils qui n’est plus là pour courir à la fenêtre.

Une horreur.

Je n’arrive pas à m’empêcher de penser à tout ça. Je suis pourtant pleine de joie de vivre, je rigole de rien, je garde mon humour en toute circonstance. Sauf dans ces cas-là.

Pour mon père, mes frères ou mon mari, j’ai aussi cette peur viscérale de les perdre, mais elle est plus raisonnée. J’arrive à la contrôler. Par contre, quand il s’agit de ma mère ou de mes enfants, je ne suis plus rien.

Je crois en Dieu et tous les soirs avant de me coucher je Lui demande de prendre soin d’eux, de les préserver et de les garder le plus longtemps possible auprès de moi. Je répète ça indéfiniment jusqu’à m’endormir. Une vraie litanie qui est devenue ma berceuse.

J’ai lu quelque part que c’était normal de penser à tout ça. Que le fait de devenir parent nous faisait nous rendre compte de tous les liens qui nous lient aux autres, et de leur fragilité.

Mais je n’aurais jamais imaginé que cela puisse être aussi dévastateur parfois.

Je ne sais pas si cela s’estompera avec le temps, j’ai du mal à m’imaginer sereine en évoquant ce sujet. J’aurai toujours peur.

C’est parfois handicapant, mais c’est surtout un moteur phénoménal qui me pousse à profiter d’eux chaque jour, de relativiser et de les aimer quoi qu’il arrive.

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