Expliquer la vie à un enfant, chose parfois compliquée…

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Expliquer la vie en général, que ce soit à un enfant ou pas, ce n’est pas forcément très facile à la base. Mais quand on s’adresse à un enfant, la chose est d’autant plus compliquée. Savoir trouver les mots pour faire passer le message tout en préservant leur innocence. Ne pas heurter leur sensibilité tout en disant la vérité. Certains sujets sont plus délicats que d’autres. Et Adam, 4 ans et demi, commence à s’en poser pas mal. Je n’ai pas encore eu droit à la question sur la conception des bébés, heureusement.

Mais la mort, ça le travaille.

Cet été en Tunisie, nous sommes aller visiter mon beau-père, le papa de mon mari, décédé il y a 4 ans. Nous avons choisi d’emmener les enfants avec nous. Hana n’a pas vraiment compris, mais Adam lui, est resté très silencieux. Un silence de réflexion. Il a vu son papa se recueillir sur la tombe de son père. Il a beaucoup observé, toujours sans un mot. Nous sommes ensuite remonté dans la voiture.

Et là, un torrent de questions s’abat sur nous.

“Maman, pourquoi papa il était triste ?”, “Parce que son papa lui manque”. “C’est qui son papa ?”, “C’est ton Baba chéri, comme Papi c’est le papa de maman, et bien Baba c’est le papa de papa”. “Et il est où Baba ?”, “Il est au ciel”. “Il est dans le ciel ???? Comme les avions ?”, “Non, il était très malade et très fatigué alors il s’est endormi et ne s’est plus jamais réveillé, et il est parti au ciel se reposer”.

Silence. Méditation. Je vois les petits rouages de son cerveau qui turbinent.

“Mais il avait plus d’énergie ?”, “Oui voila. Il n’avait plus d’énergie alors il a fermé les yeux et ne les a plus jamais ouvert”. “Il est mort ?”, “Oui voilà”. “Il était vieux alors ça veut dire ?”, “Oui il était un peu vieux, mais il était surtout malade, et il est mort à cause de cette maladie”. “Papa il est triste de plus voir son papa alors ?”.

Tout le temps de cette conversation, mon mari est resté silencieux. Il m’a dit par la suite qu’il appréhendait ce genre de discussion. Qu’il avait peur d’être maladroit et de ne pas savoir comment expliquer, avec des mots d’enfants. Et puis c’est un sujet sensible pour lui. Son papa c’était sa vie. Il avait la maladie de Charcot et est décédé peu de temps après le diagnostic. Un départ foudroyant pour un homme qui respirait la santé. Mon mari a mis beaucoup de temps à s’en remettre, et je pense même qu’il ne s’en ai jamais remis.

Alors forcément, en parler avec son fils de 4 ans et demi, c’est pas simple.

Quand le process n’a pas fait le chemin dans sa tête, c’est forcément délicat d’aider à le faire dans la tête d’un enfant. Et les questions d’Adam était pointues. Pertinentes. Il voulait réellement comprendre, de manière pragmatique. Et ça l’a beaucoup touché.

Plus tard dans la soirée, Adam est venu me voir et m’a dit : “Moi quand je serais un papa, mon Papa il sera vieux ?”, “Oui, il sera le papi de tes enfants”. “Il aura plus d’énergie et il ira se reposer au ciel aussi ?”, “Dans très très longtemps je l’espère chéri”.

Reniflement.

“Maman j’ai les yeux qui pleurent”, “Pourquoi ?”, “Parce que je veux voir papa”.

Mon petit homme. Mon tout petit bébé. Ce sentiment d’impuissance quand on sait que tout peut basculer du jour au lendemain. Et ce qui fait le plus peur, ce qui fout une angoisse lancinante aux tripes, ce n’est pas de partir. Mais de laisser nos enfants livrés à eux mêmes. Savoir que personne ne saura s’occuper d’eux aussi bien que nous.

Avoir des enfants, c’est vraiment basculer dans une autre dimension. Une dimension aux sentiments exacerbés. Les bons et les moins bons.

Une montagne russe qui donne le vertige et parfois la gerbe, tellement ça va vite.

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1 Comment
  • Nathea
    août 21, 2019

    Votre texte est très pertinent. Aborder la mort avec les enfants c’est assez compliqué. D’une parce qu’on a pas envie de les effrayer et de deux parce que c’est jamais agréable de parler de ça.
    Mon fils a eu aussi ce genres de questions, sa jeune vie étant ponctuée de décès de proches (mon père et mon oncle pendant ma grossesse, ma grand-mère et mon autre oncle ces dejx dernières années) pour un bonhomme de 4 ans ça fait bcp de questions.
    Quand elles ont commencé, son père et moi l’avons emmené au cimetière, là où nos proches sont.
    Puis les questions sur nos morts à nous sont arrivées et nous lui avons dis que oui on mourrait tous un jour. Que nous ‘r contrôlons pas ça, qu’ on espère que ça arrivera dans très longtemps, quand lui sera déjà adulte. Mais qu’en attendant on est bien vivant, qu’on s’aime et que c’est ça qui compte.
    Pour le moment les questions ont cessés.
    J’espère que le chagrin de votre mari s’estompera avec le temps.
    Bon courage