Survivre à la maladie de son conjoint : Françoise nous raconte.

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Pour ce nouveau témoignage, je laisse la parole à Françoise. Elle est mariée, maman de deux enfants. Son époux est atteint d’un cancer en phase terminale, et elle avait besoin de vous raconter son histoire. Une thérapie en somme. Parce que survivre à la maladie de son conjoint, c’est pas simple. C’est même quasiment impossible. Mais pour les enfants, elle y arrive. 
Moi c’est Françoise, une jeune maman de 31 ans. Je vis un drame depuis 8 ans maintenant.

Tout a commencé au début de ma grossesse en 2011.

Mon compagnon, qui n’était pas encore mon mari à ce moment là, tombe très malade. Aller-retour aux urgences, mais rien n’y fait, aucun médecin ne prend son cas au sérieux. Six mois plus tard, alors que je venais d’accoucher de ma première fille. qui avait tout juste 1 mois, les médecins m’annoncent froidement la nouvelle, au détour d’un couloir. Au côté de deux infirmières qui continuent gentiment leur travail.

“votre mari, dans 48h, il est mort.”

Sur le moment, une émotion immense m’envahit. Et puis la colère. Cette annonce, dans la froideur d’un couloir, ils n’avaient même pas pris la peine de me l’annoncer dans un bureau ! J’aurais aimé un peu de “chaleur humaine “, un peu de “réconfort “. Ils n’ont pas tenu compte de ce bébé qui vient de naître.
Un chirurgien arrive, il prend tout en main. Je remet tout le monde à sa place et leur demande de le laisser faire son travail. Il voulait laisser une chance à mon mari. Il voulait tenter de le sauver, car femme et enfant l’attendaient…
De suite il l’intube par le nez pour pouvoir l’opérer. Un moment éprouvant. Huit ans après, j’entends encore ses cris de détresse.
Pendant les 4 mois qui ont suivis, je m’occupais de mon bébé la nuit et de son papa le jour. J’ai repris mon travail après mon congé parental. J’étais gouvernante chez une famille. J’ai passée 3 ans auprès d’eux…Mais il a fallu faire un choix. Après l’annonce du cancer de mon mari, j’ai dû choisir entre on travail et ma vie de maman et compagne.

Le choix était vite fait, forcément.

Nous nous sommes mariés en 2014. Quatre ans plus tard, un miracle. Mon fils est né. Avec les chimiothérapies, on nous avait annoncé que mon mari n’aurait plus d’enfant. C’était encore un coup de plus à encaisser à l’époque. Mais nous y avons cru et nous avons été récompensé. Un beau garçon que j’ai pu “offrir” à mon mari, malgré la maladie. Un mariage, deux enfants…
Nous avons traversés beaucoup d’opérations. Dix au total. Un voyage de noces qui a tourné au vinaigre car mon époux a du être opéré sur place. Un voyage unique au monde, qui me marquera à jamais, comme un tatouage. Tout comme ce cancer d’ailleurs ! Qui fait ma force aujourd’hui.
Nous sommes en 2020, plusieurs mois se sont écoulés. On nous a annoncé il y a peu, que le cancer s’est propagé. Il n’y a plus rien à faire. Mon mari est condamné. Il en a pour quelques mois, quelques semaines. Quelques jours peut-être. Après 8 ans à se battre contre cette maladie. 105 chimiothérapies, 10 opérations, plusieurs occlusions, beaucoup d’hospitalisations…

Je suis à la vie, à la mort.

À la vie car il y a mes enfants. Et à la mort parce qu’il faut préparer mon mari, et nous préparer à son envol..
Merci de m’avoir lue.

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2 Comments
  • Adeline
    mars 3, 2020

    Bon courage à vous. Travaillant dans un service de fin de vie je comprends votre situation. Pleins de courage dans cette douloureuse épreuve qui vous attends

  • Audrey
    mars 3, 2020

    Je vous envoie tout mon soutien et je vous invite à puiser votre force dans le bonheur que vous apporte vos enfants.
    En effet, je suis malheureusement dans une situation familiale similaire à la vôtre. Une issue fatale mais dans un délais et des conditions inconnues dû à un glyoblastome (tumeur cérébrale incurable). Notre fille de 3 ans est ma motivation principale pour tenir le cap. Les semaines gagnées sont des souvenirs précieux à chérir.