Infirmière et maman : Pauline, une héroïne malgré elle.

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L’actualité est anxiogène au possible en ce moment. Le confinement qui nous pend au nez. La propagation d’un virus dont on ignore quasiment tout et qui est sans cesse en pleine mutation. Pour ceux qui ont réussi à mettre en place un système pour rester à la maison avec les enfants, tant mieux. Vraiment, restez chez vous. Comme je l’ai vu sur les réseaux sociaux, il n’a jamais été aussi facile de sauver des vies : juste rester chez soi et attendre que l’orage passe. Mais pour le corps médical, c’est une autre histoire. Ces hommes et ces femmes qui sont en première ligne et qui sont confrontés à la maladie toute la journée. Eux n’ont pas le choix. Et Pauline, infirmière et maman, avait envie de nous raconter son quotidien. Et cette crainte omniprésente de ramener le mal à la maison. Nous lui laissons la parole.

Non je ne suis pas une héroïne. 

Infirmière en pédiatrie depuis 11 ans, je suis également maman de deux garçons de 7 et 5 ans pleins d’énergie! J’ai toujours réussi à conjuguer les deux, même si je me suis souvent inquiétée plus que de raison pour la santé de mes petits boys. 
L’actualité d’aujourd’hui me fait froid dans le dos, oui je suis infirmière, oui j’ai un dévouement sans faille à ce métier que j’aime tant, d’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours voulu soigner, écouter, consoler, mais aussi accompagner…

2012, première grossesse, premières craintes.

Tu es dans mon ventre depuis 25 semaines, je m’occupe d’un grand prématuré qui a exactement le même âge que toi. L’angoisse me prend aux tripes, et si c’était toi? Mais je me ressaisis, tu es là, bien au chaud dans mon ventre. 2e échographie, mille questions à la minute : pas de malformations cardiaques? Les organes sont tous bien formés? Etc… Le gynécologue sourit « vous vous êtes infirmière, détendez vous, c’est moins de 1% de la population » oui mais moi c’est mon quotidien professionnel…
 

2014, 2ème grossesse, mêmes inquiétudes. 

Je tente de laisser derrière moi toutes ces émotions quand je ferme la porte de mon vestiaire pour rentrer chez moi, mais c’est parfois bien difficile. 
Ma plus belle récompense reste la reconnaissance que je lis dans les yeux de ces parents si courageux, et le sourire sur le visage de mes petits patients après un mot doux, une blague, pour arriver à rendre plus supportable l’univers du soin. 
Mes plus doux moments sont à l’heure des retrouvailles, quand je suis attaquée par des bisous et câlins en franchissant ma porte de maison. 

Aujourd’hui je suis inquiète, pas pour moi, mais pour ma famille.

Je vais faire front avec mes collègues pour prendre en charge tout ceux qui en auront besoin, mais j’ai mal au ventre de me dire qu’à tout moment je peux représenter un danger pour les miens, que je peux ramener cette saloperie à la maison.. et que dire du peu de considération de notre gouvernement, aujourd’hui nous sommes des « héros », hier nous étions moins que rien! 
On nous annonce l’apocalypse, espérons que le film sera moins mauvais que la bande-annonce.. 
Je vais essayer malgré tout de vivre ces prochaines semaines le plus sereinement possible, préservant au maximum mes enfants de tout ça. 
Non je ne suis pas une héroïne, pour reprendre les mots de notre Président.
Mais je ne suis pas non plus une victime! Je suis où je veux être, et reste persuadée que je fais le plus beau métier du monde.

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