Prématurité : Oui le temps passe, non on n’oublie pas.

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Dans le témoignage qui va suivre, c’est Amandine qui prend la parole. Sa fille est née grande prématurée. Elle a vécu cet accouchement hors du commun, cette prématurité, comme un traumatisme. Elle a toujours du mal à se remettre de cette période de sa vie, qui devait pourtant être heureuse. Alors quand parfois on lui dit de “passer à autre chose”, elle ne peut pas. Elle vous explique pourquoi.

Quand tu es enceinte tu fais des plans.

Des plans sur tout. Tu essaies d’imaginer à quoi, à qui, ton enfant ressemblera. Tu imagines et prépare sa chambre. Puis tu lui choisis un prénom. Puis tu imagines la façon dont il va arriver, le fameux moment de l’accouchement… Personnellement voici comment je l’imaginais : perdre les eaux. Avoir des contractions. Essayer de gérer la douleur le plus possible pour rendre le papa fier de moi Attendre des heures qu’elle se décide à sortir Pusser et pousser pour la faire sortir de mon corps. Qu’on me la tende toute mouillée et qu’on la pose sur mon torse encore essoufflée de l’effort fourni. Et voir la fierté et la joie dans les yeux du papa… L’accouchement dit “idéal”.

Mais parfois les choses ne se passent pas comme on les a imaginées.

Parfois tu gonfles des pieds sans que ça dégonfle et tu décides de consulter ton médecin. Parce que même si les chevilles et pieds gonflés c’est courant chez la femme enceinte, ton instinct te dit qu’il se passe quelque chose… Et là, ton médecin comprend ce qu’il se passe. Il ne te le dit pas parce qu’il sait que le stress peut aggraver les choses, mais t’envoie aux urgences par “précaution” te dit-il. Urgences où les médecins ne lisent que la moitié des informations et ne prennent pas ton cas avec le sérieux qu’ils devraient. Où le médecin de garde te fait une réflexion parce qu’on est vendredi soir. Et qu’à cause de toi et tes œdèmes de grossesse il a dû s’absenter d’un repas entre amis. Mais il y a une chose qu’il ne saisit pas ce médecin.

C’est que ton bébé et toi, êtes en danger imminent.

Pourtant, si tu ne réclames pas qu’on prenne ta tension comme indiqué par ton médecin et qu’on te laisse partir, tu n’auras peut-être pas la possibilité de voir ton bébé tant imaginé. Car ta vie et la sienne pourraient s’arrêter d’un instant à l’autre si rien n’est fait.
Heureusement tu ouvres ta bouche et tu réclames. Et à ce moment là, on te prend enfin au sérieux. On se rend compte de la gravité de la situation. Toi par contre tu as dû mal à comprendre comment on peut être si léger et complètement paniqué l’instant d’après. Te parler de Toxémie gravidique (ce mot tu le sais pas encore mais tu vas le détester comme aucun autre…) comme si tu pouvais savoir ce que c’est et ce que ça implique pour ton bébé et toi.

Crois-moi, ce moment précis, tu ne l’oublieras jamais.

Ce regard du médecin qui te l’annonce. Il sait au fond de lui qu’au terme auquel tu es, les chances de ralentir la pré-eclampsie ou de survie de ton enfant, sont minces. Ce sera le moment le plus marquant de ta vie, parce que ce moment là est celui qui t’annonce que ton accouchement idéal n’aura pas lieu. Que le début de ta vie avec ton bébé ne sera pas celui que tu avais imaginé. A la place tu débuteras ta vie de mère avec une vitre en plexiglas entre ta fille et toi. Des gants stériles pour avoir l’autorisation de la toucher. Et tu ne te demanderas pas si ta fille va trouver ton sein et si tu vas réussir à l’allaiter, si tu vas l’aimer ou si ton instinct maternel va être au rendez-vous. Non, toi tu te demandes si ta fille va trouver la force de se battre pour vivre et si tu pourras la serrer dans tes bras un jour.

Si tu vas pouvoir rentrer à la maison avec elle.

Et quand tu as la chance que ça arrive (parfois 4 mois et demi plus tard…), là tu dois gérer de l’oxygène à la maison comme une infirmière diplômée. Puis quelques années plus tard tu dois gérer le regard des autres quand ta fille rencontre des problèmes d’attention. Ou quand elle fait la taille d’une enfant de 30 mois à 4 ans. Quand elle n’arrive pas à mettre ses chaussettes à 5 ans. Ou quand les gens se sentent obligés de rajouter “la petite” devant son prénom, comme si sa taille la définissait.

Ma fille est née à 26 semaines.

Pour info, une grossesse normale c’est 41 semaines. Elle pesait tout juste 500g. C’est une miraculée. Alors je n’oublierais jamais la prématurité. Je continuerais chaque fin du mois de juin à mal dormir et à revivre encore et encore ces moments qui, je le dis sans honte, m’ont traumatisée à vie. Traumatisme que seule une personne ayant connu la prématurité peut comprendre. Voilà pourquoi cette phrase bâteau “c’est du passé, passe à autre chose” me fait chaque fois plus mal…
Oui elle va bien physiquement, oui c’était il y a plusieurs années. Mais non elle n’a pas “aucune séquelle”, elles ne sont juste pas visibles pour vous. Et non je ne serais pas remise de cet évènement avant un moment.

Alors s’il vous plaît laissez-nous le temps de nous remettre comme l’on peut et arrêtez de minimiser nos émotions si fortes que peu comprennent réellement.

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